
Lettre du pasteur janvier 2026
Redondance joyeuse !
S’égayer et se réjouir ! Voilà une forme de redondance qui n’est pas superflue. C’est dans le livre du Cantique des cantiques que j’ai trouvé ces deux verbes associés dans une même phrase : « Nous nous égaierons, nous nous réjouirons à cause de toi. » (Cant. des cant. 1. 4). Nous les retrouvons également employés ensemble en Luc 15. 32 : « Mais il fallait bien s’égayer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort, et qu’il est revenu à la vie ; parce qu’il était perdu, et qu’il est retrouvé. » Ces deux expressions renferment la même signification, mais les voilà utilisées ensemble, comme pour insister sur la joie, pour parler d’une joie double, une bénédiction par-dessus la bénédiction.
« Nous nous égaierons, nous nous réjouirons » : Il semble bien que la joie soit une décision. Je dirais même plus, il semble que la joie soit un commandement. En effet, à cette double décision de ce verset extrait du Cantique des cantiques, fait écho ce double commandement sous la plume de Paul : « Réjouissez-vous, toujours dans le Seigneur, je le répète, réjouissez-vous. » (Phil. 4. 4)
Est-ce vraiment ainsi que nous devons entendre ces paroles ? Pouvons-nous décider de ne pas ouvrir cette année sur une notre de tristesse ? Pouvons-nous décider chasser nos chagrins et le faire de façon résolue ?
Je ne pense pas que l’injonction à la joie de Paul soit à entendre de cette façon, comme une psychologie positive simpliste. Comme si la joie serait un simple choix moral, une décision personnelle, accessible à tous par la seule volonté. L’appel à la joie est certes une constante dans la Bible ; mais je ne pense pas qu’elle place la responsabilité de la joie sur nous, sans tenir compte de certains déterminismes sociaux, psychologiques, biologiques et même spirituels. Il ne s’agit pas de dire à celui qui souffre et qui a l’esprit abattu, qu’il n’a qu’à se ressaisir, qu’il n’a qu’à choisir de faire plus d’efforts pour être heureux. Non, le bien- être n’est pas toujours une simple question de volonté. Mais alors, comment pouvons-vous nous décider pour la joie ? Comment comprendre le commandement de la joie ?
« Nous nous égaierons, nous nous réjouirons à cause de toi. » (Cant. des cant. 1. 4)
« Réjouissez-vous, toujours dans le Seigneur, je le répète, réjouissez-vous. » (Phil. 4. 4)
La décision de s’égayer et l’ordre de se réjouir ne prennent leur sens et ne s’éclairent qu’à la lumière de ces mots : « à cause de toi » et « dans le Seigneur ». Voilà l’âme véritable de ces versets, la substantifique moelle. C’est à cause de toi et dans le Seigneur. C’est en lui que la joie prend sa source et trouve toute sa substance.
La particularité de cette joie, c’est qu’elle ne dépend pas des circonstances. C’est au milieu de beaucoup de tribulations que les Thessaloniciens ont expérimenté cette joie, qui n’est pas une décision humaine, mais don du Saint-Esprit : « Et vous-mêmes, vous avez été mes imitateurs et ceux du Seigneur, en recevant la parole au milieu de beaucoup de tribulations, avec la joie du Saint-Esprit » (1 Thess. 1. 6). C’est la joie parfaite et imprenable que Jésus promet à ses disciples, alors qu’il leur prédit haine et persécution de la part du monde :
« Je vous ai parlé ainsi pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. » (Jean 15. 11).
« Heureux êtes-vous lorsqu’on vous insulte, qu’on vous persécute et qu’on répand faussement sur vous toutes sortes de méchancetés, à cause de moi. » (Mat. 5. 11). C’est bien quand tout ce qu’Habacuc voyait à
l’horizon, c’était la désolation, qu’il a connu cette joie : « Les figuiers ne portent plus de fruits, les vignes ne donnent pas de raisins, les oliviers ne produisent rien, les champs ne fournissent aucune récolte ; il n’y a plus de moutons dans les enclos, plus de bœufs dans les étables. Mais moi, je trouve ma joie dans le Seigneur, je suis heureux à cause du Dieu qui me sauve. Le Seigneur Dieu est ma force : il me rend aussi agile que les biches, il me fait marcher sur les hauteurs. » (Hab. « . 17-18).
Cette joie n’a pas sa source dans les critères habituels qui assurent le bonheur même s’ils peuvent y contribuer partiellement : santé, jeunesse, beauté, argent, maisons, objets, relations, pouvoir, etc. Ces choses-là vont et viennent et la joie qu’elles procurent va et vient avec elles. La joie parfaite ne vient même pas du succès spirituel. Rappelons-nous ce que Jésus disait aux disciples revenus de mission et lui faisant un rapport de leur succès « … ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux. » (Luc 10. 20-21).
« Réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans les cieux. » dit Jésus. En d’autres termes, la joie parfaite est en lien avec le salut et seulement le salut.
« Je trouve ma joie dans le Seigneur, je suis heureux à cause du Dieu de mon salut. » (Hab. 3. 18)
« Mon cœur s’égaie en l’Éternel ; ma corne est élevée en l’Éternel ; ma bouche s’ouvre sur mes ennemis, car je me réjouis en ton salut. » (1 Sam. 2. 1)
Cette joie est imprenable, parce que le salut est lui-même une forteresse imprenable. Le salut que le Seigneur nous a acquis à la croix n’est pas un salut qui va et qui vient, il est. « Tout est accompli » a dit Jésus et ni le diable, ni les hommes, ni les épreuves n’y changeront rien.
Lorsque vous parcourez les routes en Guadeloupe (et ailleurs), à certains endroits on a placé des points de vue. Si vous vous décalez de quelques mètres seulement, ce n’est déjà plus la même vue, il y a des choses que vous ne pouvez plus apprécier du regard. La croix, c’est le meilleur point de vue que nous pouvons avoir sur le monde et sur notre propre existence.
La plupart du temps, nous regardons et considérons notre existence à partir des situations limites et difficiles que nous vivons. Ce n’est certes pas toujours facile de se décentrer, mais nous avons aussi la possibilité de nous déplacer, de changer de point de vue et de considérer les choses à partir de la croix. Dans nos moments de détresse, si nous parvenions à prendre conscience du salut accompli pour nous à la croix par le Seigneur Jésus, nous éprouverions aussi cette joie parfaite même au milieu de nos afflictions. Rendons-nous souvent, quotidiennement à la croix. Laissons le salut être le trésor de notre vie et nous serons conquis par la joie de Dieu. Que Dieu vienne vous bénir pendant cette année d’un sentiment de son salut, tel que du premier au dernier jour, vous puissiez vous égayer et vous réjouir en lui. Que janvier s’ouvre sur la joie en Jésus et que décembre s’achève dans la joie du Saint-Esprit. Et pour tous nos besoins quotidiens, croyons que nous verrons la fidélité de l’amour divin. Reposons-nous dans l’assurance que même si chaque jour apporte son lot de difficultés, le Seigneur nous procurera son aide. Car si nous pouvons lui faire confiance pour le salut de notre âme, nous pouvons certainement le faire pour les choses temporelles.
Avec mes meilleures pensées fraternelles
Raymond Ruffe
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