
Lettre du pasteur mars 2026
Quand le vav (ɿ) fait la différence !
Le vav (ɿ) est la sixième lettre de l’alphabet hébreu. Dans certaines constructions grammaticales, il arrive qu’il soit antithétique. Il est alors rendu en français par la conjonction « mais » ou l’expression « mais par contre. » Nous le retrouvons notamment dans le Psaume 3. 4 : «Mais toi, Éternel, tu es mon bouclier, tu es ma gloire, et tu relèves ma tête. »
Le contexte est le suivant : Absalom, le troisième fils de David, roi d’Israël est réputé pour être le plus bel homme du royaume. Après avoir vengé le viol de sa sœur Tamar par son propre frère Amnon, Absalom prend la fuite et se réfugie auprès de son grand-père maternel, Talmaï, roi de Geshour. Au bout de trois ans, Absalom est réadmis dans les faveurs de son père David, et est de retour à Jérusalem. Mais quatre ans plus tard, éprouvant du ressentiment de ne pas être celui qui doit succéder à David, Absalom fomente une révolte contre le roi. Tout Israël et tout Juda viennent grossir ses rangs. David et ses gens doivent fuir dans la honte, mais surtout dans l’amertume de la trahison de son fils (2 Samuel 15. 13-18).
Notons au passage que le nom d’Absalom signifie « père de la paix ». Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas vraiment été une source de paix pour son père. Et voilà que David dans cette situation où éprouver la paix est impossible, va composer le Psaume 3.
Les deux premiers versets décrivent la situation, en insistant sur le nombre de tous ceux qui se sont dressés contre David. Ils sont une multitude. La situation est critique, désespérée. Ceux qui en sont témoins s’inclinent devant l’évidence et disent : «Il est perdu, même Dieu ne peut plus rien faire pour lui»(v. 3). Au verset 4 nous avons l’antithèse de David. Elle est introduite par un vav antithétique : «mais par contre». Avec ce « mais par contre », David va accumuler tout ce qu’il oppose à la thèse de ses ennemis.
«Mais toi, Éternel, tu es mon bouclier, tu es ma gloire, tu relèves ma tête.»(v. 4) À la thèse de ses ennemis, David oppose :
- Toi Éternel : en opposition à la multitude.
- Mon bouclier : opposé aux assaillants qui l’entourent.
- Ma gloire : en hébreu, le poids qui donne solidité et fermeté en opposition à la fébrilité de la situation ;
- Tu relèves ma tête : alors qu’il aurait tendance à la baisser devant ses ennemis.
À la multitude, à la loi du nombre, au verdict infaillible de cette écrasante majorité, David oppose l’unique Dieu et son verdict. L’antithèse engloutit la thèse. L’unique ami vient à bout des nombreux ennemis. L’unique assurance triomphe des multiples certitudes.
Après la thèse et l’antithèse vient alors la synthèse, le résultat de la confiance que David a placée en Dieu : David est en paix ! La preuve de sa paix retrouvée est qu’il se couche et s’endort : « Je me couche, et je m’endors; je me réveille, car l’Éternel est mon soutien.» (v. 6). La panique et la peur ont fait place à la sérénité. Les ennemis étaient encore là, ils l’encerclaient encore, mais David était en paix.
C’est la conjonction de coordination « mais » qui fait ici toute la différence, qui marque l’opposition entre les deux situations.
Apprenons donc à opposer le « mais » de Dieu aux circonstances difficiles et aux situations limites.
Si le malheur frappe à votre porte : «Le malheur atteint souvent le juste, MAIS l’Éternel l’en délivre toujours. » (Psaume 34. 20)
Lorsqu’une tâche vous semble impossible : «Aux hommes, cela est impossible, MAIS à Dieu, tout est possible. » (Matthieu 19. 26)
Lorsque Satan vous prend pour cible : «Satan vous a réclamés pour vous secouer tous dans un crible comme on fait pour le blé, MAIS moi, j’ai prié pour toi, j’ai de mandé que tu ne perdes pas la foi.»(Luc 22. 31-32)
Si vous êtes las et épuisé : «Les adolescents s’épuisent, ils se fatiguent, les jeunes gens finissent par trébucher ; MAIS ceux qui espèrent le Seigneur renouvellent leur force. » (Esaïe 40. 30-31)
Lorsque vous devez lutter contre le péché : «Le péché, en effet, n’exercera pas sur vous sa maîtrise, car vous n’êtes pas sous la loi, MAIS sous la grâce. » (Romains 6. 14)
Lorsque rien ne semble fonctionner, les efforts fournis n’ont pas les résultats escomptés et que cela entame votre joie : «Les figuiers ne portent plus de fruits, les vignes ne donnent pas de raisins, les oliviers ne produisent rien, les champs ne fournissent aucune récolte; il n’y a plus de moutons dans les enclos, plus de bœufs dans les étables. MAIS moi, je trouve ma joie dans le Seigneur, je suis heureux à cause du Dieu qui me sauve. » (Habacuc 3. 17-18)
Dans la dernière partie du Psaume, David demande maintenant l’intervention de Dieu et la défaite de ses ennemis. C’est l’échec de ses ennemis qui va démontrer que l’affirmation du verset 3 était fausse : «Il n’ya plus de salut pour lui auprès de Dieu.» En priant que Dieu transforme la situation à son avantage, David dépasse ce qu’il voit et demande à voir ce qu’il ne voit pas, mais qu’il croit. C’est la foi en celui qui a dit :
«Vous aurez des tribulations dans le monde, mais prenez courage, j’ai vaincu le monde.»(Jean 16. 33)
Si ce Psaume est parvenu jusqu’à nous, ce n’est pas seulement pour nous raconter le témoignage de David. Ce Psaume est là comme un baume, pour nous mettre en état de guérison, pour que nous puissions faire la même expérience bénéfique que David, et recevoir cette paix, qui nous fait passer progressivement de la révolte, de la colère et du mal-être à la louange et au bien-être.
Avec mes meilleures pensées fraternelles
Raymond Ruffe
Comments are closed