
Lettre du pasteur avril 2026
Aimons-nous vivants !
Aux États-Unis d’Amérique, le marché de la fin du monde est un véritable secteur économique, qui ne connaît pas la crise. Pour échapper à la fin du monde, les survivalistes construisent des bunkers souterrains. La société Vivos propose une place de choix dans l’un de ses vingt bunkers pouvant contenir entre 200 et 1000 personnes. Selon certains médias, plusieurs milliers d’Américains auraient déjà choisi leur place dans ce monde parallèle, dont les réserves permettraient de survivre pendant un an à une catastrophe majeure.
Que feriez-vous, si la fin du monde était prévue pour le 31 décembre de cette année ?
Poser la question de ce que l’on ferait, si l’on savait qu’il nous restait peu de temps, n’est pas si absurde. C’est une question que traite également la Bible. Elle nous rappelle que le temps est court et nous invite à nous mettre dans cette disposition d’esprit. Toutefois, face à l’imminence de la fin du monde, la Bible ne préconise aucune des solutions en vogue de nos jours. Elle ne nous engage pas à fuir le monde, mais à nous situer dans l’urgence de l’Évangile et l’urgence de l’Évangile, c’est l’amour. En Matthieu 24. 12, Jésus évoque la fin des temps et nous prévient : «Le mal se répandra de plus en plus, à tel point que l’amour d’un grand nombre se refroidira. »
Les signes de la fin des temps sont pour nous évidents : conflits militaires, catastrophes naturelles, crises alimentaires et sanitaires… Mais Jésus nous parle ici d’un autre signe, moins tapageur, plus insidieux : l’amour qui se refroidit. Nous sommes loin de l’horreur de la guerre, du déchaînement de la haine et de l’injustice. Il y a simplement l’amour qui se refroidit. C’est bien là ce qui caractérise notre époque : le mal se répand, mais pas seulement dans les actes violents, mais surtout par l’érosion du lien humain.
C’est le paradoxe de notre temps : une hyper-communication numérique. Nous n’avons jamais été aussi connectés et aussi seuls. Nous sommes de plus en plus connectés, mais de moins en moins liés. Nous seuls ensemble ! Même dans nos églises, nous ne nous déplaçons plus pour aller à la rencontre de frères et sœurs pour prier ensemble, nous sommes seuls chez nous, et nous nous connectons via un lien pour nous retrouver sur une plateforme numérique, dans une salle virtuelle. Souvent même nous rompons le lien visuel en coupant notre caméra. Dans notre église, après la crise de la Covid, nous avons fait le choix de maintenir certaines réunions sous un format hybride présentiel-visioconférence, avec des avantages pragmatiques. Mais n’oublions pas de rester vigilants à l’atrophie de la présence physique.
Le mal qui se répand se voit également dans cette indifférence systémique, cette insensibilisation. L’amour qui se refroidit se voit dans notre capacité à nous habituer à l’inacceptable. Ainsi, tout en prenant notre repas, nous pouvons être exposés à un flux ininterrompu de tragédies mondiales via nos écrans, et finir par ne plus rien ressentir. Nous pouvons être sidérés par ce que nous voyons, tout en étant passifs.
Voilà un autre signe de l’amour qui se refroidit : il semble que nous soyons de moins en moins capables de réfléchir à nos positionnements sur des nuances, ce qui a pour conséquence, une polarisation de la société et le mépris pour l’autre qui ne pense pas comme nous. Les réseaux sociaux se transforment ainsi en rings, où l’on pratique aisément la culture du clash, où l’autre est réduit à une étiquette (politique, religieuse, sociale). Il n’est plus un humain, et n’a pas droit à ma bienveillance.
Nous sommes face au mal qui s’infiltre par les petits chemins. Là où il peut, il plonge insidieusement ses racines. Il se fait presque passer pour inaperçu : un grain de déception par-là, un morceau d’amertume par ici, un échec mal digéré, un peu d’acédie, de tiédeur spirituelle, un pardon mal donné… et tout ceci à tel point que l’amour se refroidit, jusqu’au sein même du couple, jusque dans les relations fraternelles. L’amour qui se refroidit me fait penser au givre dans le congélateur. Il s’accumule par fines couches, jusqu’au jour où il y a peu de place pour autre chose que la glace, jusqu’au jour où la porte du compartiment refuse de s’ouvrir.
Le message de Jésus pour nous est celui-là : «N’attendez pas d’en arriver là !Soyez sensibles aussi à ce mal qui progresse à votre insu et ne vous laissez pas avoir, ne laissez pas refroidir votre amour, ni pour moi ni les uns pour les autres.»C’est justement là que le mal veut en venir : nous détourner de Dieu et du prochain, en faisant de nous des malades de l’amour. Car parler de colère, de rancœur, de pardon mal donné, d’acédie, c’est parler de maladies qui affectent l’amour. La bonne santé spirituelle est dans l’amour. Toute notre vie dépend de notre amour pour Dieu et pour notre prochain. Mais nous n’en avons pas toujours conscience. Nous pouvons ainsi tolérer un tas de petits travers ou défauts, sans les traiter. Se soucier d’être en bonne santé spirituelle, c’est se soucier de la qualité de son amour pour Dieu et pour le prochain. Et si nous n’y sommes pas assez attentifs, le Seigneur lui s’en soucie. L’amour n’est pas une option, il doit être un réflexe, une urgence.
Que le Seigneur nous aide à garder notre cœur au chaud !
Avec mes meilleures pensées fraternelles
Raymond Ruffe
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